Tout ce qui se voit sous le soleil

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Ce sont des photographies en noir et blanc, des vues de forêts, d’arbres, et plus précisément de feuillages. Elles rendent dans le détail la disposition, le contour, l’enchevêtrement et les différentes valeurs de gris, d’obscurité, prises sous le soleil. Et c’est bien l’obscurité, qui donne à ces images leur consistance, dans la mesure où, de ce qui s’offre au regard, ne subsiste que ce qui est dans l’ombre, prenant à rebours l’étymologie de la photographie.

Ces images répondent ainsi à une idée qui marque une limite dans mon travail : tatouer son ombre. Partout où l’ombre se dépose sur le corps, la figer, la marquer.

Et si mettre de l’encre sous la peau quand on trouve une ombre est un acte irréversible, sur un plan symbolique, cette idée marque un autre point de non retour.

D’une certaine manière, attacher l’ombre à même le corps revient à le dessiner en clair obscur, mais dans le même mouvement, en fixant l’ombre, on fixe le corps qui la porte : s’il bouge ou si la lumière bouge, les ombres vont suivre le mouvement et l’image ainsi formée se briser. L’image issue du relevé des ombres portées devient alors une camisole pour le corps qu’elle représente en même temps qu’elle le décrit et le désigne. On atteint ici la limite, celle qui permet de relier une image à une identité et de la fixer à même le corps. C’est une image de mort, d’un arrêt absolu, où le temps est suspendu, le mouvement des astres est arrêté. L’ombre a gagné.

Thomas Maisonnasse