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Piège
à ombre
(vérification n°2)
« Voilà donc la nuit. L’obscurité ne cache aucune
chose. Mon premier discernement est que la nuit n’est pas l’absence
provisoire de la clarté. Loin d’être un lieu possible
d’images, elle se compose de tout ce qui ne se voit pas et ne s’entend
pas […] À la vraie nuit manquent donc l’inouï,
l’invisible, tout ce qui peut rendre la nuit habitable. Elle ne
se laisse rien attribuer d’autre qu’elle, elle est impénétrable.
»
Maurice Blanchot
Piège
à ombre est une installation faite de bois, de lumière et
d’ombre. Elle se présente sous la forme d’un caisson
d’un demi-mètre de hauteur et d’un peu moins de trois
mètre de long. Sa forme est déterminée par celle
de l’ombre que projette une planche de bois verticale faisant obstacle
à une source de lumière unique. L’ombre se trouve
comprise exactement dans le volume de bois du caisson.
Cette construction fait penser à un tombeau avec une stèle
se dressant au-dessus de la tombe hors de terre : un lieu où est
assigné à résidence, sinon la mort, un mort. En même
temps qu’un lieu de souvenir, le tombeau marque un seuil infranchissable,
et pourtant on ferme le tombeau, au moins symboliquement, marquant l’impossibilité
du retour des morts chez les vivants.
Le piège à ombre fonctionne de manière similaire.
Il s’agit d’emprisonner cette « chose » qui s’attache
à tout ce qui est visible sous la lumière, l’ombre,
de former un volume qui en même temps qu’il contient un trou,
se construit autour de ce trou, prend appui dessus. Il s’agit d’essayer
de régler son compte à l’ombre, de lui donner une
demeure, de l’enterrer, mais en le faisant, la construction qui
comporte son ombre est dépossédée de son ombre. Elle
se soustrait à cette règle : que tout objet éclairé
possède une ombre portée.
On ne peut pas regarder dans ce trou, ce n’est pas qu’il soit
sans fond, c’est qu’il n’est pas un trou, ici, l’ombre
tend à devenir un solide, matériel, impénétrable,
sur lequel on s’appuie pour construire nos abris.
T.M. |