«Une faiblesse à toute épreuve, s’appuyer sur son ombre»
Le travail de Thomas Maisonnasse s’organise autour d’un concept rigoureux qui pourrait n’être qu’une théorie d’artiste à propos de rapports qui se tissent entre l’être des choses et leur ombre. Mais ce principe est bien plus un questionnement qu’une réponse toute faite. Identité, existence, différence, interférence, juxtaposition ? Voilà quelques questions austères qui animent les photographies, installations, ombres portées matérialisées, au sol ou dans l’espace, que cet artiste exigeant propose obstinément depuis plusieurs années.
Au projet, qui paraît d’abord bien cadré dans les travées de l’art contemporain, se superpose, au deuxième regard, la dimension d’un vécu de l’artiste, d’une véritable présence de l’auteur, qui ne brouille cependant pas la rigueur première du projet. C’est ce croisement entre un penser rigoureux et le lyrisme de l’existant, qui garantit aussi bien l’insertion des œuvres dans les nécessités du temps, que dans une méditation plus universelle, qui les dépasse infiniment.
La résurrection hivernale d’arbres, sous les espèces de leur ombre estivale, l’ombre d’un corps qui s’efface, les hommes qui n’existent que par leur projection obscure, le troublant piège à ombre, sont autant de méditations suggestives sur le problème de l’être, sur ce qui en paraît dans la relation étrange, reliant l’obstacle fait à la lumière à la trace obscure qui l’accompagne. “Sans titre (vérification n°3)”, le travail présenté à la Villa Bernasconi, propose d’inverser les perspectives. Passer de l’autre côté, là où l’ombre se redresse et reprend son volume, alors que l’objet absent est comme passé sous le plancher.
Dans ces installations, le jeu visuel qui s’établit entre le noir des ombres fictives et leur coïncidence avec le contour des ombres réelles, oblige l’œil à penser alternativement le volume du solide concret, sa projection, et sa représentation. C’est ce circuit illusionniste sensible et concret, qui génère des questions ambiguës, souvent sans réponse simple. La clarté du concept initial s’entoure alors d’un bruissement conceptuel dont l’effet poétique est perceptible.
Marino Buscaglia